Allier santé humaine et planétaire : existe-t-il une voie à suivre ?

Résumé
Ce que nous mangeons impacte à la fois notre santé et celle de la planète. L’enjeu d’une alimentation saine et durable consiste à concilier ces deux aspects de la meilleure manière possible. En parallèle d’une réduction des pertes et déchets alimentaires et d’une amélioration des pratiques de production alimentaire, l’adoption d’un régime alimentaire varié à dominante végétale, tel que le régime flexitarien ou le régime diversifié territorial (DDT) peut répondre à cet équilibre.

D'une part nos habitudes alimentaires influencent notre statut nutritionnel. D'autre part, la production alimentaire impacte l’environnement à travers l’émission de gaz à effet de serre (GES), l'utilisation de ressources en eau et de surfaces, la pollution ou encore la réduction de la biodiversité. C’est pourquoi l’adoption à l’échelle mondiale d’une alimentation saine et durable est requise pour réduire le risque de maladies non transmissibles liées à l’obésité et à la malnutrition, tout en protégeant la santé future de notre planète.

Les régimes alimentaires sains et durables doivent répondre à certains critères : être nutritifs, abordables et accessibles, culturellement acceptables et avoir un faible impact environnemental. Plusieurs experts parmi lesquels l’EAT Lancet et l’OMS s’accordent à dire que ces régimes pourraient être à l’image des régimes flexitariens ou territoriaux diversifiés (DDT), avec optionnellement une exclusion plus spécifique des aliments d’origine animale.

- Un régime flexitarien contient des niveaux élevés d'aliments d'origine végétale, des quantités modérées de volaille, de poisson, d'œufs et de produits laitiers, et des niveaux faibles de viande.

Le modèle Belge de La Pyramide Alimentaire 2020, développé par Food in Action et le département diététique de l’Institut Paul Lambin – Haute Ecole Léonard de Vinci est en cohérence avec ces principes.

- Un régime diversifié sur le plan territorial ou DDT, tel que le régime méditerranéen ou néo-nordique par exemple, est un régime flexitarien spécifique à une région, basé principalement sur des aliments de saison et d’origine locale. 

Certaines limites sont à prendre en considération de manière croissante avec le degré d’exclusion des aliments d’origine animale. Sans supervision professionnelle, les régimes traditionnels à base de plantes (régimes végétaliens, végétariens et pescetariens) peuvent augmenter le risque de carences nutritionnelles ; en particulier chez des groupes spécifiques de la population tels que les nourrissons, les enfants/adolescents, les femmes enceintes/allaitantes et les personnes âgées. En revanche, les régimes flexitariens et les DDT peuvent répondre aux besoins énergétiques et nutritionnels de différentes populations sans nécessiter d’éducation alimentaire spécifique ou de supplémentation. Comparativement aux régimes végétaliens, végétariens ou pescetariens, les régimes flexitariens et les DDT plus diversifiés sont associés à des volumes réduits de déchets alimentaires, sont potentiellement plus acceptables et peuvent représenter une transition facilitée depuis un régime occidental. Les effets négatifs sur l’environnement sont considérablement réduits par rapport aux régimes occidentaux, surtout si les régimes alimentaires comprennent des aliments saisonniers d’origine locale.

L’évolution des choix alimentaire est essentielle pour pouvoir continuer à nous nourrir en limitant l’impact sur l’environnement et certains principes essentiels peuvent être retenus :

Multiplier les aliments d’origine végétale …

Consommer davantage d'aliments d'origine végétale et moins d'aliments d'origine animale, en particulier de viande rouge, peut contribuer à réduire l’émission de GES. En termes de santé, en comparaison aux régimes occidentaux, les régimes à dominante végétale ont été associés à des risques réduits d'obésité et de différentes maladies liées à l'alimentation telles que les maladies cardiaques, le diabète ou certains cancers. Mais l’exclusion totale des aliments d'origine animale peut s’accompagner d’un risque de carence en certains nutriments essentiels pour la santé. Un régime flexitarien ou un DDT à base végétale , qui ne comprend qu'une petite quantité de viande rouge et des apports modérés de volaille, produits laitiers, œufs et poisson, peut constituer un bon équilibre, permettant de faciliter l'apport des nutriments nécessaires.

… en choisissant avec soin les aliments d’origine animale

Environ 60 % des émissions de GES liés à la production alimentaire dans le monde sont attribués aux aliments d’origine animale. Mais tous ces aliments n’ont pas un impact identique ! En effet, les émissions varient au sein de ce groupe d'aliments, le bœuf représentant beaucoup plus de GES (par kg d'aliment) que le porc, le poulet, le poisson, les œufs et le lait. Cela s'explique en partie par le fait que les bovins produisent du méthane, mais aussi par le fait que le bœuf nécessite jusqu'à 28 fois plus de terres que tous les autres animaux (y compris les bovins laitiers) réunis.  Ainsi, si la réduction la plus importante des GES peut être obtenue en excluant la viande de notre alimentation, les régimes flexibles qui réduisent considérablement la consommation de viande rouge tout en incluant des apports modérés de volaille, produits laitiers, œufs et poisson pourraient également être efficaces.

Varier son régime alimentaire …

La variété est importante dans l’alimentation car certains composants alimentaires interagissent pour modifier notre capacité à digérer les nutriments des aliments. Par exemple, le lactose et la vitamine D augmentent l'absorption du calcium, des vitamines B, des folates, du magnésium et du zinc. L'inclusion d'un large éventail d'aliments, en particulier ceux riches en fibres, peut également contribuer à augmenter la diversité du microbiote intestinal. Ces bactéries jouent un rôle important dans le maintien d'une bonne santé. Inclure dans son régime des aliments fermentés (laits fermentés, yaourts, kéfirs par exemple) peut par ailleurs contribuer à une influence positive sur la santé du microbiote intestinal.

…en misant sur le local.

L'impact environnemental d'un aliment dépend de la manière et du lieu où il est produit et stocké, et de la distance parcourue avant consommation. Les GES sont donc beaucoup plus importants pour des fruits et légumes exotiques qui viennent de loin, surtout s'ils ont voyagé par avion, ou s'ils ont été cultivés dans des serres. Manger des aliments locaux et de saison peut ainsi contribuer à réduire l'impact environnemental de l’alimentation.

Sources :

Luis A Moreno, Rosan Meyer, Sharon M Donovan, Olivier Goulet, Jess Haines, Frans J Kok, Pieter van‘t Veer, Perspective: Striking a Balance between Planetary and Human Health: Is There a Path Forward?, Advances in Nutrition, 2021;, nmab139, https://doi.org/10.1093/advances/nmab139

Pyramide Alimentaire 2020, Food in Action/Institut Paul Lambin – Haute Ecole Léonard de Vinci, La Pyramide Alimentaire 2020: plus équilibrée et plus durable | FoodinAction

Conclusion

Ainsi, en parallèle d’une réduction des pertes et déchets alimentaires et d’une l’amélioration des pratiques de production alimentaire, l’adoption d’un régime alimentaire varié à dominante végétale, tel que le régime flexitarien ou le régime diversifié territorial (DDT) peut contribuer à trouver l’équilibre entre santé humaine et santé planétaire.