​Yaourt, microbiote intestinal et santé, ce qu’en pense l’Evidence Based Medicine

Résumé
​Les produits fermentés contenant des micro-organismes vivants, comme le yaourt, suscitent un intérêt grandissant. La raison en est simple: les outils d’investigations aujourd’hui disponibles nous poussent de plus en plus à croire que l’effet bénéfique des ferments du yaourt sur la santé n’est pas un mythe*.

Comme l’a expliqué André Marette (Université de Laval, Québec) lors du 5th Yogurt Summit (Buenos Aires, octobre 2017), la consommation de yaourt est la plupart du temps le signe d’habitudes alimentaires saines. Elle s’accompagne généralement de la consommation de fruits, de légumes, de céréales complètes et de produits laitiers. Ce facteur explique vraisemblablement l’effet bénéfique du yaourt sur la santé métabolique, du moins en partie.

«Plusieurs données robustes suggèrent une relation inverse entre la consommation de yaourt et le risque de diabète de type 2», a déclaré à cet égard A. Marette, avant d’ajouter qu’une corrélation est également rapportée entre le yaourt et une valeur moindre de l’indice de masse corporelle, de la circonférence abdominale et la masse grasse.

Peptides bioactifs

L’effet bénéfique du yaourt sur le métabolisme pourrait s’expliquer en partie par la libération de peptides bioactifs. La consommation d’aliments fermentés est en effet susceptible de modifier le microbiote intestinal et de favoriser la production de peptides bioactifs augmentant la sensibilité à l’insuline et la tolérance glucidique. Les produits laitiers fermentés, plus que les produits laitiers non fermentés, pourraient également avoir un effet anti-inflammatoire, notamment dans l’intestin.

Produits fermentés et probiotiques

Robert Hutkins (Université du Nébraska, Etats-Unis) a apporté des informations complémentaires sur les interactions entre les produits fermentés et le microbiote intestinal. Il a rappelé que la fermentation consiste en une réaction de substrats alimentaires provoquée par des bactéries. Les micro-organismes vivants retrouvés dans ces produits fermentés, comme Streptococcus thermophilus , Lactobacillus delbrueckii subsp. Bulgaricus, Bifidobacterium ou Lactobacillus, sont, selon lui, des probiotiques: ils sont susceptibles d’avoir un effet bénéfique sur la santé par leur action sur la flore intestinale. Des données montrent que les produits fermentés atténuent les symptômes de l’intestin irritable. D’autres indiquent qu’ils sont utiles dans les diarrhées qui peuvent survenir après la prise d’antibiotiques.

Précisions

«Tous les aliments fermentés ne contiennent pas des micro-organismes vivants», a souligné R. Hutkins. Le vin et la bière passent, au cours de leur production, par des étapes qui ont pour effet d’en ôter les micro-organismes qui ont été impliqués dans la fermentation. Les micro-organismes peuvent également être inactivés par la chaleur. C’est le cas du pain, cuit dans un four. Certains aliments, bien qu’ils soient utiles sur le plan nutritionnel, n’ont pas pour autant d’activité probiotique. C’est ainsi que tous les aliments fermentés ne sont pas pour autant des probiotiques dès lors que ces derniers doivent, par définition, avoir un effet bénéfique sur la santé illustré par des études.

Les promesses du microbiome

Comme l’a expliqué Sharon Donovan (University of California, Davis, Etats-Unis), les recherches concernant la relation entre le régime, le microbiote intestinal et la santé s’intensifient. Elles sont par ailleurs soutenues par des techniques d’investigation de plus en plus performantes.

Et S. Donovan de déclarer à cet égard: «Nous sommes entrés dans l’ère des ‘omics’. La génomique, la protéomique et la métabolomique nous permettent de détecter et d’identifier un nombre très élevé de molécules exprimées dans notre organisme. Nous sommes capables de déterminer la présence d’ADN, d’ARN, de protéines, de peptides, de lipides et de métabolites dans le sang complet, le plasma, l’urine… Il est désormais possible d’établir un catalogue complet des micro-organismes présents dans les différents compartiments du corps et de mieux comprendre leurs les fonctions. Le microbiome humain révèle ainsi peu à peu ses secrets».

Les recherches en cours ont notamment permis de constater que le microbiote intestinal influence la production d’acides gras à chaîne courte. Ces derniers activent des hormones intestinales impliquées dans la motilité digestive. Ils peuvent également accroître la sensibilité à l’insuline et induire la satiété.

Comme le montrent les données actuelles sur le yaourt et les produits laitiers fermentés comprenant des micro-organismes vivants, le régime joue un rôle dans la composition et le métabolisme de l’intestin. «La poursuite des investigations et la mise sur pied d’études d’intervention devraient nous aider à mieux cerner un monde dont nous commençons seulement à mesurer l’étendue», conclut S. Donovan.

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Pour plus d’informations : http://www.yogurtinnutrition.com/category/events/iuns-2017/