Des habitudes de consommation de liquides au changement de comportement : COMMENT ENCOURAGER UNE HYDRATATION SAINE ?

Résumé
A l’occasion du Congrès Européen et International sur l’Obésité (ECOICO 2021), cinq intervenants se sont penchés sur la question du changement de comportement face à des habitudes de consommation de boissons.

J. Halford, UK

L’obésité est un problème de santé publique croissant qui engendre différents risques pour la santé, notamment dans le contexte de la pandémie COVID-19. Les travaux d’Halford se sont concentrés sur le lien entre l’obésité et le COVID-19, et comment cette pandémie a impacté la prévention et la prise en charge de maladies non transmissibles chroniques telles que l’obésité.

Ses travaux constatent que le risque d’hospitalisation, d’admission en soins intensifs et d’assistance respiratoire lié au virus augmente avec l’IMC. L’impact de la pandémie sur les personnes vivant avec l’obésité s’est également reflété sur leur santé mentale et leur bien-être émotionnel. Lors de la première vague du COVID-19, 55% des répondants se sont senti « moins bien » en termes de bien-être émotionnel. Cet impact est également jumelé avec l’insécurité alimentaire où 47% des personnes interrogées ont déclaré voir leur situation financière se détériorer et ainsi avoir un accès alimentaire limité, jusqu’au point de ne pas pouvoir manger pendant une journée entière pour 10% d’entre eux.

 

P. Douglas, UK

Le corps est composé d'environ 70% d’eau chez l’adulte. Les besoins en hydratation dépendent du profil (âge, sexe, activité physique, etc.) et ne sont pas respectés dans la plupart des cas ; seulement la moitié des adultes s’hydratent en quantité suffisante et la proportion est moindre chez les enfants et les adolescents. Ce constat est d’autant plus présent chez les personnes vivant avec l’obésité.

Plusieurs travaux illustrent une corrélation entre le manque d’hydratation et le risque d’obésité, de maladie chronique et de mort. La consommation de boissons sucrées pourrait jouer un rôle prédominant sur ce constat et également sur d’autres problèmes de santé (diabète de type 2, hypertension, cholestérol, maladies cardiaques).

Douglas et son équipe constatent que la plupart des personnes interrogées ne sont pas conscientes de l’apport calorique de ce type de boissons. Selon elle, le changement de comportement face à ces habitudes de consommation serait la clé pour limiter la prise de poids et l’obésité. Ils ont identifié plusieurs facteurs qui peuvent influencer favorablement les habitudes de consommation de boissons :

  • Libre accès à de l’eau consommable
  • Sensibiliser aux risques santé
  • Selon l’audience, éduquer avec des sources fiables et des preuves
  • Les efforts pour créer et changer les habitudes de consommation
  • Limiter l’accessibilité aux boissons sucrées
  • Favoriser l’accès aux toilettes publiques

 

C. Morin, France

D’un pays à l’autre il peut être difficile d’identifier les réels besoins en hydratation. C. Morin et son équipe se sont alors intéressés à identifier et caractériser les modèles de consommation de liquide chez les enfants et les adolescents dans 6 pays différents. L’objectif de cette étude est d’accompagner ces personnes à adopter des habitudes de consommation plus saine.

L’enquête illustre tout d’abord une grande variation dans le volume de l’apport en liquide entre des petits buveurs et des grands buveurs. D’un pays à l’autre les volumes et le type de boissons ne sont pas les mêmes. L’apport de boissons sucrées est nettement supérieur en Amérique Latine qu’en Chine par exemple. Le pays, le contexte socio-économique, l’activité et la durée passée devant un écran sont les facteurs principaux qui influencent les habitudes de consommation. Ainsi, cibler les besoins et définir les recommandations en termes d’hydratation selon les pays et les profils est nécessaire pour améliorer les habitudes de consommation des boissons.

 

I. Iglesias, Spain

Les habitudes de consommation sont majoritairement définies pendant l’enfance et l’adolescence. Or on constate en Espagne que l’apport en liquide est très faible et n’atteint pas les recommandations de l’EFSA, et davantage chez les jeunes adolescents de sexe masculin où seulement 20% d’entre eux répondent aux recommandations.

Le constat alarmant est que les adolescents n’apprennent pas à s’hydrater suffisamment et en vieillissant, le risque d’une mauvaise hydratation est croissant. L’enquête montre également que la majorité de l’apport liquide se fait pendant les repas et à la maison, ce qui signifie que les adolescents sont mal hydratés pendant la majorité de la journée. Or, un manque d’hydratation peut conduire à différents problèmes de santé chez les adultes et des troubles cognitifs chez les enfants.

I. Iglesias montre dans son étude qu’encourager les enfants et adolescents à s’hydrater pendant les pauses de mi-journée pourrait aider à améliorer la consommation d’eau.

 

E. Papies, UK

Il est difficile de changer ses habitudes de consommation même si cela semble simple à première vue. Cet automatisme peut avoir de lourdes conséquences sur la santé si ces habitudes ne sont pas celles recommandées, et notamment en matière d’hydratation. Selon E. Papies, la recherche sur les comportements est comparable à la recherche sur les habitudes.

Comme l’illustrent toutes les précédentes études mentionnées dans cet article, boire de l’eau n’est pas un comportement si automatique que ça. Le confinement dû à la pandémie du COVID-19 a également eu un impact sur les habitudes d’hydratation. D’un côté on peut constater une réduction dramatique du volume d’eau bu par manque de mise en situation, et d’un autre côté une volonté d’adopter un mode de vie plus sain. La consommation d’eau n’a pas augmenté au Royaume-Uni pendant cette période, contrairement à la consommation de boissons sucrées.

Cette étude illustre que boire de l’eau n’est pas un automatisme, et demande des changements dans les habitudes de consommation. De plus, pour motiver la population a changer favorablement, il est nécessaire d’accompagner et d’éduquer sur les besoins, les bénéfices santé et les risques d’une mauvaise hydratation.

 

Pour en savoir plus sur l'hydratation :