L'axe microbiote – intestins – cerveau pour mieux comprendre les mécanismes de l'obésité

Résumé
De plus en plus de données suggèrent que l’inflammation est associée à l’obésité ainsi qu’à des symptômes neuropsychiatriques. Lors d’une session du European and International Congress on Obesity 2020 consacrée à l’axe intestin-cerveau, des scientifiques montrent comment certaines bactéries du microbiote intestinal peuvent moduler les liens entre inflammation et symptômes neuropsychiatriques.

Harriet Schellekens (Ireland), John Cryan (Ireland)

 

Santé métabolique, santé mentale et microbiote sont-ils liés ? C’est bel et bien ce que suggèrent les travaux récents, dont ceux présentés lors de la session « The Microbiota-Gut-Brain Axis in Obesity dans le cade du European and International Congress on Obesity 2020. La relation entre l’obésité et la dépression apparaît même comme plus importante en cas d’obésité sévère. L’obésité étant caractérisée par un état inflammatoire, l’une des pistes de réflexion consiste à attribuer ce lien entre obésité et dépression à cette inflammation caractéristique. Ainsi, l’obésité sévère est associée à un score de dépression (qui mesure l’intensité de la dépression) plus élevé que l’excès de poids ou l’obésité de grade 1. D’autres maladies neuropsychiatriques sont aussi associées à l’obésité, selon le même gradient.

On sait que l’obésité s’accompagne de nombreuses perturbations métaboliques (portant notamment sur la cholestérolémie et la glycémie). Toutefois, les chercheurs constatent que la relation entre l’inflammation et les symptômes neuropsychiatriques n’est pas influencée par ces perturbations métaboliques, ce qui suggère bien qu’il existe un lien de cause à effet.

Le microbiote intestinal au cœur de la mécanique

Plusieurs mécanismes sont avancés pour expliquer ce lien entre l’inflammation et l’altération de l’état nerveux et mental. L’inflammation a notamment pour effet d’altérer le métabolisme des neurotransmetteurs dans le cerveau. Ainsi, le tryptophane, précurseur de la sérotonine dont l’activité dans le cerveau est bien connue pour avoir un effet sur la dépression, voit sa transformation en sérotonine diminuée. Les recherches montrent qu’en présence d’un état inflammatoire, la voie de dégradation du tryptophane en cyanurine et acide quinoléique est augmentée, au détriment de la voie sérotoninergique. Bref, l’inflammation réduit la production de sérotonine, ce qui peut parfaitement expliquer les symptômes neuropsychiatriques.

Les chercheurs ont également découvert que le métabolisme du tryptophane peut aussi être modulé par le microbiote intestinal, ce qui renforce les liens entre l’intestin et le cerveau, appelé axe intestin-cerveau. Certaines bactéries spécifiques semblent en effet à même de dégrader le tryptophane en indolepyruvate, et cette voie métabolique est associée à l’apparition de symptômes neuropsychiatriques.

Conclusion

Ces recherches indiquent donc que l’inflammation altère le métabolisme du tryptophane, ce qui est associé à des symptômes neuropsychiatriques. La perte de poids et l’exercice, ainsi que des agents pharmacologiques, peuvent aider à réduire l’inflammation et par ce biais, les symptômes neuropsychiatriques.