Alimentation et fonction immunitaire

Résumé
Le fonctionnement optimal du système immunitaire est indispensable pour assurer la survie et la défense contre les agents potentiellement pathogènes. Sa modulation est également importante pour que, tout au long de la vie, les réactions immunitaires soient adaptées. On comprend aujourd’hui de mieux en mieux les interactions entre l’alimentation et les différents acteurs immunitaires, ainsi que le rôle-clé que peuvent jouer certains nutriments sur leur fonctionnement et sur la santé en général.

Le système immunitaire est indispensable à la survie de l’humain. Il est constitué de deux sous-systèmes : celui responsable de la réponse innée et immédiate à l’intrusion par un danger potentiel, et celui dit de la réponse adaptative, plus évolué, qui mémorise les acteurs de l’intrusion, les reconnaît et s’attaque spécifiquement à ces intrus. Ce sont des cellules différentes qui sont impliquées dans ces réactions : les phagocytes, neutrophiles, mastocytes, éosinophiles, etc. pour la réponse immédiate, et les cellules T et B pour la réponse spécifique. Les cellules T (T cytotoxiques, T helper, T reg) sont responsables de la coordination de la réaction immunitaire appropriée, tandis que les cellules B sont responsables de la production d’anticorps et d’immunoglobulines.
Les réactions immunitaires se manifestent dans tous les cas par une inflammation, le mécanisme naturel de défense. Cependant, le mode de vie moderne, incluant la qualité et la quantité de l’alimentation, semble favoriser l’apparition d’un autre type d’inflammation chronique, dite de bas grade, qui s’étend à l’ensemble de l’organisme.

 

Le rôle crucial de l’alimentation …

Pour pouvoir fonctionner correctement, le système immunitaire a besoin d’énergie et de nutriments spécifiques, issus de l’alimentation et/ou de sources endogènes. C’est le cas pour une défense efficace lors d’une réaction immunitaire aigüe mais aussi pour réduire le risque d’inflammation chronique inutile, voire délétère.
On sait que la malnutrition affecte le fonctionnement immunitaire, en fonction d’une série de facteurs tels que l’âge, la présence d’agents infectieux ou encore le type de carence. En effet, certains nutriments sont impliqués dans plusieurs mécanismes immunitaires, ce qui les rend indispensables à une défense optimale. Cependant, pour certains micronutriments, c’est leur excès qui peut mener à des dysfonctionnements. Par conséquent, la recherche scientifique s’intéresse aux effets potentiels de certains régimes alimentaires sur la prévention des infections ou de maladies inflammatoires chroniques.
D’autre part, on sait également combien la composition du microbiote intestinal, influencée par l’alimentation et d’autres facteurs environnementaux, joue un rôle dans les défenses immunitaires. Et un certain nombre de nutriments ou de régimes alimentaires à base de pré- ou probiotiques ont montré leur capacité, en modifiant l’écosystème intestinal, à améliorer la fonction digestive ou à réduire l’inflammation intestinale.

 

 …tout au long de la vie

A la naissance, le système immunitaire n’est pas encore mature. Les défenses sont en partie assurées par les anticorps maternels transmis via le placenta puis dans le lait maternel. Le lait maternel contient également des oligosaccharides qui interviennent dans la composition du tissu lymphoïde intestinal et du microbiote intestinal, et permettent d’inhiber l’inflammation.
Durant l’enfance, divers facteurs environnementaux tels que la proximité d’animaux, la prise d’antibiotiques ou l’âge de la diversification alimentaire ont un impact sur le développement de l’immunité. Ces premières années de la vie sont donc critiques pour assurer une protection immunitaire optimale.
D’autre part, chez les personnes âgées, on constate un lent déclin des fonctions immunitaires. Cette immunosénescence est associée à une augmentation de l’inflammation, même en l’absence d’infections, et aux effets délétères. On a également identifié le rôle de certaines carences nutritionnelles dans ce déclin et on pourrait donc imaginer d’intervenir via la nutrition pour restaurer l’immunité.

 

Agir sur l’inflammation chronique par l’alimentation

 

Une inflammation chronique est fortement impliquée dans le risque de maladies chroniques telles que les pathologies cardiovasculaires ou les maladies chroniques d’origine immunitaire (maladie de Crohn ou arthrite rhumatoïde par exemple). Elle est corrélée avec l’âge et la présence de co-morbidités comme l’obésité, la résistance à l’insuline, etc…
En ce qui concerne l’obésité, dont on connaît l’augmentation dramatique chez les adultes ainsi que chez les enfants, elle est associée à une inflammation de bas grade qui représente un important facteur de risque cardiovasculaire, de diabète de type 2 ou de maladie hépatique. Et on sait qu’elle est favorisée par un régime alimentaire de type industriel (Western diet en anglais), riche en sucres, en graisses saturées et trans, et pauvre en fibres, en micronutriments et en polyphénols et acides gras oméga-3, dont on suggère un rôle anti-inflammatoire exercé via le microbiote intestinal. Certaines études évoquent aussi un rôle de cette inflammation de bas grade sur la santé mentale. D’autre part, on sait que le régime dit Méditerranéen, riche en légumes, fruits, légumineuses, poissons, et « bonnes » graisses, est associé à un moindre risque cardiovasculaire, de cancers, ou encore de maladie d’Alzheimer.

 

Les nutriments de l’immunité

En situation d’infection aiguë par contre, une réaction inflammatoire est un élément-clé de la réaction de défense immunitaire mais si elle est exagérée, elle peut mener au sepsis, puis souvent au décès. Et du point de vue de la nutrition, on sait par exemple qu’une carence en zinc est associée à un déficit des réponses immunitaires mais que son homéostasie est perturbée en cas de sepsis. Ou que le sélénium a un rôle majeur dans la régulation de l’immunité. On connaît également l’implication de la glutamine ou de la vitamine D dans les réactions immunitaires innée et adaptative.


On comprend donc combien certains nutriments et modes alimentaires peuvent influencer le fonctionnement du système immunitaire, et ce à chaque étape de la vie. Et qu’agir sur l’alimentation peut ouvrir des opportunités d’améliorer la santé humaine.